LA REVERENCE DE L’ELEPHANT

LAURA TROMPETTE

Marguerite est comme l’éléphant de Tanzanie : Dans son EHPAD cannois, elle sent que son monde rétrécit.

Elle veut tirer sa révérence, mais en France, ce choix ne lui appartient pas. Alors elle entend bien mourir ailleurs, dans la dignité. Avant cela, elle a une dernière tâche à accomplir : redonner goût à l’amour à son petit fils, Emmanuel.

Ce dernier, photographe animalier en Tanzanie, lui semble plus préoccupé par le sort des éléphants d’Afrique que par la solitude dans laquelle il s’est enfermé.

La solitude, c’est aussi le lot de Roxanne, depuis qu’elle a abandonné sa carrière de joueuse de poker pour trouver un sens à sa vie. Son arrivée dans la maison de retraite de Marguerite va bouleverser leur destin.

Mourir quand on en a décidé, avec dignité, dans un endroit paradisiaque, avec ceux que l’on aime pour nous accompagner dans ce long voyage pour l’éternel et l’infini, c’est le choix de Marguerite qui se sait condamnée et qui ne veux pas terminer sa vie dans son EHPAD Cannois. Elle souhaite rejoindre Emmanuel, son petit fils, photographe animalier en Tanzanie.

Emmanuel est un solitaire, il ne croit plus à l’amour suite à une trahison dont il souffre encore parfois. Il se passionne pour les éléphants et il aime cette vie sous le ciel africain, les relations qu’il a tissées avec les autochtones. Il revient régulièrement à Cannes voir sa grand-mère, celle qui s’est substituée à sa mère, décédée à sa naissance. Un amour fraternel très puissant lie Marguerite et Emmanuel, il est prêt à tout pour sa grand-mère mais peut-il accepter de l’aider à mourir, même si c’est sous le ciel Tanzanien ?

Roxanne ne se pardonne pas de ne pas avoir été présente pour Hélène, sa grand-mère qu’elle aimait tant. Elle n’a pas pu lui dire adieu, trop occupée à participer à ses tournois de Poker, encore et toujours, se retrouver en haut de l’affiche, s’enivrer du jeu jusqu’à oublier le plus important, sa famille et cette grand-mère avec qui elle avait encore beaucoup à partager. Que lui reste t-il sinon des souvenirs et un goût d’histoire inachevée. Elle côtoie la solitude et a besoin de trouver un nouveau sens à sa vie. Roxanne propose ses services à l’EPHAD Cannois, celui où Hélène a rendu son dernier souffle, celui ou Marguerite tente de survivre et rêve de rejoindre Emmanuel. Elle fait la connaissance de Marguerite et c’est tout de suite un coup de foudre amical entre les deux femmes.

Petit à petit, les liens se tissent et deviennent de plus en plus fort. Marguerite n’hésite pas à se confier à sa nouvelle amie qu’elle considère un peu comme sa petite fille, elle lui parle beaucoup d’Emmanuel qui d’ailleurs ne devrait pas tarder à venir la visiter. De son côté Roxanne s’investit énormément dans ses animations à l’EHPAD, elle veut donner du bonheur aux pensionnaires, les voir sourire, une façon de se racheter pour son absence auprès d’Hélène.

Emmanuel fait la connaissance de Roxane et le moins que l’on puisse dire c’est que cette première rencontre n’est pas un réel succès, ce qui chagrine énormément Marguerite qui aurait bien une petite idée derrière la tête. Emmanuel est seul, Roxanne aussi, et puis elle a appris à connaître cette jeune fille qui semble parfaite pour son petit fils. Sont-ils trop différents pour pouvoir se retrouver ? ne sont-ils pas trop cabossés par la vie pour pouvoir envisager un avenir ensemble ? Leur différence d’âge est-elle un handicap ? Quand Roxanne confie à Emmanuel que Marguerite envisage de mourir en Tanzanie c’est de trop il se fâche.

Quelle merveilleuse histoire pleine de douceur et d’humanité. Laura Trompette y aborde avec pudeur et tendresse plusieurs thèmes dont le droit de mourir, la reconstruction amoureuse et aussi la disparition des éléphants d’Afrique. Tout au long du roman, on est bercé par les mots de l’auteure qui nous font sourire mais aussi beaucoup pleurer. Elle nous touche en plein coeur et nous emmène dans un voyage bouleversant dont on ne sort pas indemne. Les paysages Tanzaniens sont merveilleusement décrits, c’est si fort qu’on a l’impression d’y être et d’admirer la longue marche des éléphants qui se termine souvent dramatiquement parce que les braconniers ne sont jamais loin.

Marguerite, Roxanne et Emmanuel, sont honnêtes, empathiques, altruistes et généreux, on ne peut que s’attacher à ces personnalités qui, bien que différentes, ont finalement beaucoup en commun. C’est une magnifique histoire qui se tisse entre eux, doucement mais sûrement, chaque pièce du puzzle se met en place avec énormément de tendresse et de justesse, c’est réellement apaisant.

C’est le premier roman de l’auteure que je lis et c’est un vrai coup de coeur, j’ai été embarquée dans ce trio du début jusqu’à la fin, transportée par les sublimes mots, subjuguée par les paysages de l’Afrique, heurtée par le sort réservé aux éléphants, -parce que très sensible à la cause animale- heureuse de voir qu’il y a des humanitaires courageux pour aider les populations et pleine de compassion pour Marguerite, parce que oui, on devrait pouvoir choisir comment on veut partir le moment venu et Marguerite ne veut pas partir sans avoir trouvé une compagne pour Emmanuel. Elle se soucie des autres avant de penser à ses propres souffrances.

Quel bonheur ce livre, c’est une pépite, une véritable merveille, une douceur dont on ne se lasse pas. Un magnifique roman que je recommande vivement !

Note : 5 sur 5.
  • EDITIONS CHARLESTON
  • ISBN 9 782368 126042
  • Février 2021 – 371 pages

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