PUISQUE LE SOLEIL BRILLE ENCORE

SARAH BARUKH

Comment tenir debout quand tout ce qu’on croyait savoir sur soi vole en éclats ?

Depuis l’enfance, Sophie s’est efforcée de ressembler à son père qu’elle admire. A presque 40 ans, elle a tout sacrifié à sa brillante carrière d’avocate, sa fille, son couple, ses amis. Toujours sur le fil, elle gère ses contradictions au prix d’étranges obsessions. Mais quand son père meurt brutalement, Sophie se brise.

Son univers finit de s’effondrer lorsqu’elle trouve des passeports argentins aux noms de ses parents en vidant leur appartement.

A Bueno Aires, une femme noie dans l’alcool un passé insoutenable . Son fils la porte à bout de bras mais, brisée par la dictature, Sol ne se remet pas du secret qu’elle porte depuis bientôt quarante ans.

Sophie est une brillante avocate, elle ne lâche jamais rien, travaille des heures durant sans compter son temps, elle est reconnue par ses pairs et fait la fierté de son père qui est avocat lui aussi. Mais l’envers du décor est moins rose, parce que toute cette gloire a forcément un prix et passe par des sacrifices. Sophie est divorcée de Baptiste, -dommage collatéral de son rythme de travail- de cette union est née Lisa qui subit aussi l’emploi du temps de sa mère qui n’a jamais vraiment de moment approprié pour elle.

Sophie est très proche de son père Thiago qu’elle admire, elle fait tout pour lui plaire, et les deux sont assez fusionnels,. Ses relations avec sa mère sont plus tendues, beaucoup d’incompréhensions entre elles, il faut dire que sa mère lui préfère sa soeur cadette Aurélie. Sophie n’est pas particulièrement proche d’Aurélie, elles sont trop différentes alors quand Thiago est brutalement hospitalisé, Sophie commence à perdre pied, quand il meurt en lui demandant pardon, elle s’écroule totalement. Mais pourquoi son père lui demande-t-il pardon ?

A Buenos Aires, Sol traîne son mal-être et son secret qui lui pèse chaque jour d’avantage. Nahuel, son fils, a bien tenté de l’aider mais il se heurte à un mur, Sol garde en elle de profondes blessures et noie son chagrin dans l’alcool. Elle était pourtant brillante, promise à un bel avenir mais la dictature militaire a laissé des traces irréversibles et chaque jour Sol s’enfonce un peu plus.

Sarah Barukh, nous raconte, en parallèle, les destins brisés des deux femmes, liées par un terrible secret que l’on va découvrir au fil de l’histoire. On assiste à la descente aux enfers de Sophie qui, en fouillant dans l’appartement familial, découvre que ses parents ont des passeports Argentins, le doute s’immisce en elle un peu plus chaque jour, elle est dévorée par le mensonge et l’idée de la trahison de ses parents, elle commence à comprendre qu’elle fait partie d’un secret qu’on lui a caché. Elle ne sait plus qui elle est et elle a besoin de le découvrir pour continuer d’avancer. On souffre avec elle quand son corps lâche, que son esprit ne veut plus combattre et qu’elle touche le fond.

Sol est une victime de la dictature argentine, la junte comme on l’appelle là bas. Elle a été emprisonnée, elle s’en est sortie mais à quel prix ? Son fils Nahuel n’a pas réussi à adoucir ce vide et ce manque qu’elle traîne au fond d’elle depuis 40 ans. Elle a promis de ne jamais rompre le pacte passé mais elle ne peut plus tenir cette promesse. Elle a besoin de savoir pour pouvoir enfin vivre sans ce poids permanent. l’alcool gagne, petit à petit du terrain, l’empêche parfois d’être lucide pour mener les bons combats, il ne fait que lui apporter des moments d’euphorie et d’oublis passagers, quand Sol n’est plus dans les brumes de l’alcool, la douleur est de retour, encore et toujours plus forte.

Deux femmes brisées qui ont néanmoins beaucoup en commun, l’une a besoin de connaître son passé pour se reconstruire et avancer, l’autre a besoin de se délivrer de ce passé qui l’oppresse et l’opprime.

Dans ce magnifique roman l’auteure aborde différents thèmes avec pudeur et délicatesse. Les rapports des enfants avec les parents, les liens fraternels, le passé qu’on a besoin de connaître pour construire l’avenir, les secrets de famille. L’histoire de la dictature en Argentine et les enfants volés aux mamans que l’on tuait ensuite. Plus on avance dans le livre, mieux on comprend les névroses de Sophie et son besoin de tout contrôler. On a énormément d’empathie pour Sol, pour son vécu et sa résilience. Nahuel est, lui aussi, une victime, il est cabossé, même si il semble s’en sortir un peu mieux que les autres.

Sarah Barukh a effectué un sacré travail de recherche pour nous conter cette partie sombre de l’histoire d’Argentine que l’on ne connaît par forcément, même si on en a entendu parler. J’ai parfois eu l’impression de retrouver des petits morceaux de Sarah en Sophie quand par exemple elle culpabilise de ne pas assez s’occuper de sa fille, ou encore ses troubles obsessionnels compulsifs, son besoin de contrôler, ne jamais lâcher prise, ça m’a émue. Le livre est addictif, on a très rapidement envie de découvrir le secret, on attend avec impatience les confrontations et on aimerait que notre héroïne trouve enfin l’apaisement qu’elle mérite. J’ai passé un très bon moment avec ce roman qui transmet énormément d’émotions.

Ceux qui comprennent le passé ont le pouvoir d’écrire l’histoire, on se construit sur des bases, si les bases sont fausses alors plus rien ne tient la route.

Si vous n’avez pas encore lu ce livre, je vous le conseille fortement.

Note : 4.5 sur 5.
  • EDITIONS CALMANN LEVY
  • ISBN : 9 782702 168936
  • Mai 2021 – 462 pages

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