UNE TOUTE PETITE MINUTE

LAURENCE PEYRIN

Il a suffi d’une toute petite minute et la vie de Madeleine a basculé.

C’était une nuit de 1995, elle avait 17 ans et fêtait la nouvelle année. Que s’est-il passé dans cette salle de bains où elle s’était enfermée avec sa meilleure amie ?

Vingt ans après, Madeline sort de prison. Personne n’a jamais su la vérité sur le drame de cette fameuse nuit. Elle a effectué sa peine jusqu’au dernier jour. Comment reprendre le cours de cette vie interrompue ? Parler à des gens qui ne savent pas de quoi on est coupable ? Renouer avec une petite soeur qu’on n’a pas vue devenir adulte ? Vivre et y trouver un sens ?

Mad va chercher le bon chemin, pas après pas, dans les dunes des Hamptons, dans les jardins des belles maisons qui l’embauchent, dans les précieux gestes d’entraide. Et grâce à sa mère, au delà de ses mystères, grâce aussi à Ezra, le cuisinier qui ressemble à un pirate, peut-être Madeline acceptera-t-elle un jour qu’on puisse l’aimer quand même…

Madeline a 17 ans, le bel âge, celui où on est encore insouciant et où tout est possible. Elle est issue d’une famille aisée et vit dans un bel appartement de Park Avenue avec Sarah, sa soeur de trois ans sa cadette, Miranda sa mère qui n’est pas très démonstrative, -sauf en société où elle brille- et un père souvent absent, parce qu’il travaille énormément. Si elle appelle tendrement son père papa, quand elle s’adresse à sa mère elle la nomme Mira et jamais maman, les rapports entre les deux femmes sont un peu tendus et de toutes façons Mira préfère Sarah.

Peu importe, Madeline a trouvé son âme soeur. Elle s’appelle Estrella, ça veut dire étoile en espagnol et Estrella en est une dans les yeux de Madeline, cette amie représente tout pour elle et peu importe si elle n’est pas du même milieu et qu’elle habite dans le Bronx, d’ailleurs ce soir, dernier jour de l’année 1995, elles vont se faire tatouer chacune une étoile sous le sein gauche, une façon de sceller cette merveilleuse amitié. C’est le bonheur d’avoir une meilleure amie, avec qui on peut tout partager, elles ont de grands projets, des rêves d’évasion, un ailleurs, ensemble, amies pour la vie.

Dans le quartier de Hell’s kitchen ce soir c’est la fête, les filles sont dans la salle de bains de Dylan, elles se préparent pour les dernières heures de l’année mais l’espace d’une minute, une toute petite minute c’est le drame, Madeline hurle et quand Dylan ouvre la porte, Estrella gît sur le sol, elle est morte, Madeline l’a tuée !

Ses parents s’offrent les services du meilleur avocat de New-York mais Madeline se mure dans le silence, elle n’explique pas son geste, personne ne saura jamais ce qui s’est passé dans cette salle de bains. Elle ne veut pas de remise en liberté sous caution en attendant son procès, elle est coupable, elle ne veut rien d’autre que purger sa peine parce qu’elle a tué sa meilleure amie, son autre, celle qui compte plus que tout.

60 petites secondes, sa vie vient de basculer, entraînant indirectement celle des membres de sa famille qui vont devoir affronter les autres, expliquer l’inexplicable et vivre avec. Elle pense à Estrella qui ne verra plus jamais la lumière du jour, à cette étoile qui brille maintenant dans le ciel et à sa maman qui vient de perdre sa fille unique et qui ne vivra plus jamais comme avant.

Madeline prend 20 ans, avec les remises de peine elle pourra sortir avant…. si elle le veut….Mais Madeline ne veut rien, ni remise de peine, ni privilèges que son avocat pourrait lui obtenir. Elle mérite sa punition et elle compte bien faire sa peine jusqu’au bout, elle en a besoin pour avancer, pour se pardonner à elle même. En prison elle fait profil bas, elle continue de se punir, comme si 20 ans d’enfermement ce n’était pas assez. Elle étudie et passe des diplômes, ça lui servira quand elle sortira, mais l’idée de sortir ne l’enchante pas plus que ça.

Quand elle est libérée elle a presque 38 ans, elle a payé sa dette à la société et il va falloir se reconstruire, mais 20 ans enfermée ça laisse des traces, des peurs, des incertitudes et le poids de la culpabilité est toujours là, il faudra vivre avec, toute sa vie et Madeline le sait. Estrella est toujours là.

Laurence Peyrin nous livre un merveilleux récit où l’on s’attache tout de suite à Madeline. Elle a tué et pourtant on a plein d’empathie pour elle, pour sa résilience et sa recherche perpétuelle du pardon. Le pardon des autres mais surtout se pardonner à elle-même, parce que Madeline se punit continuellement, ne s’autorise rien, rongée par la honte et la culpabilité. On a tout de suite envie de la protéger, de la prendre dans nos bras et lui dire « tout ira bien » peut-être parce que sa mère n’a pas été capable de le faire, qu’elle n’a pas décelé cette sensibilité chez sa fille, cette solitude et qu’elle n’a cessé de complimenter sa soeur sans se soucier d’elle. On essaie de comprendre. Le portrait de Madeline est superbement dressé, on est admiratif de son courage, de sa détermination à expier sa faute, elle ne lâche rien, ne se plaint jamais. Elle s’excuserait presque d’exister.

On accompagne Madeline durant ses 20 ans en prison, c’est un peu anxiogène parfois, on est là quand elle sort, on la penserait très expansive mais ce n’est pas le cas. On tente d’apprivoiser cette liberté retrouvée avec elle, même si on sait que, quelque part, dans sa tête, Madeline est toujours emprisonnée. La jeune femme est remarquable, hésitante parfois mais qui ne le serait pas, elle ne veut pas tricher, elle ne veut dépendre de personne et quand elle fait la rencontre d’Ezra qui va beaucoup l’aider, elle sait qu’elle devra tout lui dire sur son passé. Elle a aussi des comptes à régler avec sa mère si elle veut avancer. Elle va surtout devoir accepter que l’on puisse l’aimer, qu’elle est là, qu’elle existe et ne gêne pas, qu’elle a le droit au bonheur.

Elle reprit son souffle. C’était mieux comme ça. Le sermon qui allait suivre serait réconfortant, elle avait besoin de cadre, elle ne savait pas vivre sans. Il fallait qu’on la contienne, comme les murs de Bedford Hills. A la longue, la liberté l’éparpillait…..

Doucement mais sûrement, maladroitement au début, Madeline prend son destin en mains, Estrella ne reviendra jamais mais elle a payé sa dette, elle vivra avec son souvenir et avec le poids de l’acte qu’elle a commis.

Tout au long du livre on s’interroge sur le pourquoi et comment, on se fait des scénarios mais l’auteure ne laisse absolument rien filtrer et c’est dans les dernières pages que l’on découvre ce qu’il s’est réellement passé dans cette salle de bains et cette toute petite minute qui a fait basculer les destins.

Laurence Peyrin nous décrit aussi les quartiers New-Yorkais, c’est tellement beau et fort, elle maîtrise parfaitement le sujet et on sent l’amour qu’elle porte à cette ville. Les Hamptons, Montauk, de magnifiques paysages que l’on imagine parfaitement, j’entendrais presque le bruit de la mer, je peux sentir l’odeur du sandwisch à l’espadon du petit restaurant d’Ezra et voir la lumière du phare….. J’ai drôlement envie d’y aller là tout de suite…..

Un merveilleux livre comme tous ceux de l’auteure que j’affectionne particulièrement, il bouleverse mais livre aussi une belle leçon de vie et d’espoir. Lisez-le !

Note : 5 sur 5.
  • EDITIONS : CALMANN LEVY
  • ISBN : 9 782702 166208
  • Avril 2021 – 481 pages

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