OU PASSE L’AIGUILLE

VERONIQUE MOUGIN

Tomi est indomptable. Espiègle, têtu, malin, rebelle, bref, Tomi a 14 ans. Du haut de son arbre préféré, il rêve de filles, d’avenir, de gloire. Mais nous sommes en Hongrie et en 1944. L’adolescent juif est déporté avec son père et son meilleur ami.

Pour échapper à la mort il se dit tailleur : le voilà affecté au raccomodage des uniformes rayés. Son coup de bluff se transforme alors en coup de foudre : Tomi tombe fou amoureux de la couture, vocation qui sauvera sa peau et illuminera son destin.

Du camp de concentration au sommet de la haute couture Française, où passe l’aiguille retrace une histoire incroyable mais vraie…

Ce livre figurait dans ma wishlist depuis quelques temps et je l’avais un peu oublié, privilégiant les sorties ou d’autres que je voyais passer sur mon fil Instagram. Il m’est revenu en mémoire grâce à Tonie Behar qui en a parlé sur sa page facebook et voilà comment un livre passe directement de la wishlist à la lecture, sans stagner dans la PAL !

Encore un livre sur la shoah me souffle t’on, OUI !! encore un mais chaque livre est différent et je veux recueillir autant de témoignages que possible, c’est important, dans peu d’années il ne restera plus personne pour témoigner et le devoir de mémoire et de transmission appartient à chacun de nous, juif ou non juif, c’est en tout cas ce que je ressens.

Dans ce magnifique roman de Véronique MOUGIN, qui est tiré d’une histoire vraie, nous découvrons l’histoire de Tomi Kiss, un petit juif Hongrois qui vit tranquillement avec son père Hermann, sa mère et Gabor son petit frère. Tomi a 14 ans, plus tout à fait un enfant, pas tout à fait un homme. Perché sur son arbre il scrute l’horizon et juste devant, c’est une maison close qui s’offre à sa vue, il ne se lasse jamais de regarder les femmes qui y vivent, il est comme ça Tomi, il aime la gent féminine. Il a pour ami Hugo, son voisin d’en face et Séréna qu’il nomme son deuxième copain même si c’est une fille.

Hermann est tailleur, pas un tailleur qui raccommode non, il est maître tailleur, il créé de somptueux costumes et habille les notables de la ville. Il aimerait transmettre son savoir à Tomi mais celui-ci déteste la couture et tout ce qui va avec, il ne veut même pas en entendre parler, ça lui file la nausée, du coup il à choisi plomberie, pas certain que ça soit sa vocation mais au moins personne ne le contrariera avec du fil et des boutons !

La vie pourrait s’écouler paisiblement avec ses joies et ses petites contrariétés, avec les facéties habituelles de Tomi mais nous sommes en 1944 et à la fin du mois de mai, Tomi, sa famille et ses amis vont être déportés avec les familles juives de la ville et se retrouver disséminés dans différents camps de concentration, c’est l’enfer qui commence et cet enfer c’est Tomi qui le narre sans jamais perdre sa petite pointe d’humour. Ils sont déportés à Auschwitz qui ne sera qu’un point de transit pour Tomi, son père et Hugo. Gabor et sa maman vont y mourir dans les chambres à gaz. Les trois hommes transiteront encore par Buchenwald pour finir au camp de Dora Mittelbau en Allemagne.

Commence alors une course pour la survie dans l’antichambre de la mort. Heureusement, Tomi est avec son père et Hugo, ils peuvent se soutenir et s’entraider. Chaque jour apporte son lot de souffrances, il ne faut pas craquer, il faut se battre pour tout, pour manger, pour pouvoir dormir, pour ne pas se faire repérer par les kapos. Il faut aussi réfléchir et penser à ce qu’on pourrait faire pour améliorer le quotidien et sauver sa peau, Tomi travaille en extérieur sur un chantier, les conditions sont difficiles, exténuantes, il fait froid, il a faim, il n’a plus de forces, si il ne réagit pas rapidement il sait qu’il va mourir.

Son père a rejoint un groupe de tailleurs, il travaille au chaud. Tomi va lui aussi répondre à l’appel en disant qu’il sait coudre, alors qu’il a toujours eu la couture en horreur et qu’il n’a jamais voulu recevoir aucun enseignement venant de son père. C’est de là que lui viendra son salut, ce moment où il saisit sa chance alors qu’il ne sait même pas tenir une aiguille. Ce moment où il scelle à jamais son destin, sa survie dans le camp et son avenir quand il en sortira. Ce moment où la chance frappe à la porte et qu’il l’attrape au vol parce qu’il ne faut pas la laisser filer, elle ne présentera qu’une fois ! Tout seul, en regardant les autres faire, en se rappelant les gestes de son père, Tomi, petit à petit va savoir coudre et il va même aimer ça !

Véronique Mougin nous livre une magnifique histoire pleine d’émotions même si on arrive à sourire quand Tomi nous narre l’histoire avec ses réparties bien à lui. On est ému devant tant de résilience et tant de force pour continuer à vivre dans cet enfer qu’est le camp de la mort. L’auteure nous décrit tellement bien l’atmosphère du roman que je pourrai presque entendre Tomi me raconter son histoire, sa pointe d’humour, son air de dire « je m’en fiche » mais aussi ses blessures et ses fêlures, ses souvenirs, son amour pour la couture qu’il exécrait au plus haut point et qui finalement l’a sauvé.

Elle aborde aussi le thème récurrent de la transmission et de la mémoire. Certains ont ressenti le besoin de s’exprimer pour ne rien oublier. Beaucoup de rescapés ont mis des années à raconter leur histoire et se sont murés dans le silence. C’est ce que Tomi a fait, il a tout enfoui, il a emprisonné les fantômes. Il a refusé de raconter et de se souvenir pour ne pas raviver les plaies toujours à vif. il a fuit tout ce qui pouvait lui rappeler son passé il n’a gardé que les tissus, le fil, les aiguilles, le bruit des machines à coudre, parce que c’est avec la couture qu’il ne pense plus à rien, ni au camp, ni aux privations, aux punitions, à la mort et à sa mère et son frère partis en fumée dans le camp d’Auschwitz.

Dans sa 88 ème année, il a déterré les images qu’il n’avait jamais oubliées et à décidé de les offrir à l’auteure afin qu’elle témoigne pour lui, il le devait, à son frère, à sa mère et à tous ceux qui ont vécu avec lui dans cet enfer.

Bien oublier c’est ce qui m’a fait tenir, ceux qui se sont trop souvenus sont morts. Moi j’ai tenu, bouche cousue, cerveau troué. La nuit c’était plus dur de ne pas penser, les cauchemars ne m’ont jamais lâchés. Oublier est devenu plus ardu avec le temps, ces dernières années les souvenirs enterrés s’infiltrent malgré moi, à n’importe quel moment ils s’accrochent à un parfum, à un goût, à un geste. Passé un certain âge, les morts reviennent s’installer chez nous ils nous rappellent à nos devoirs et finissent par nous emmener. Pour eux j’ai accepté le livre, pour mon frère, pour ma mère, pour tous ceux dont le souvenir aurait pu disparaître avec moi. Bientôt ils seront bien tous serrés dans les pages à l’abri des bibliothèques et pour longtemps.

Un très beau livre que je recommande si vous ne l’avez pas encore lu.

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