ENTRE AMIS

AMOS OZ

Au début de la fondation du kibboutz, nous formions une grande famille. Bien sûr tout n’était pas rose, mais nous étions soudés. Le soir on entendait des mélodies entraînantes et des chansons nostalgiques jusque tard dans la nuit. On dormait dans les tentes et l’on entendait ceux qui parlait pendant leur sommeil…..

En huit nouvelles tragi-comiques qui se lisent comme un roman, Amos Os scrute les passions et les faiblesses de l’être humain, fait surgir un monde englouti et nous offre surtout un grand livre mélancolique sur la solitude.

Huit nouvelles pour décrire la vie au Kibboutz, celui d’avant où régnait le modèle du collectivisme, celui où les kibboutzniks (habitants) formaient une famille. Nous sommes dans les années 50, dans les débuts de l’Etat Hébreux, Amos Oz nous embarque dans le kibboutz Yikhat, peut-être un coin de paradis, le soleil est là, on cultive la terre, on élève des animaux, l’endroit est calme, apaisant, verdoyant….. ce kibboutz est un mini monde où se côtoient des personnalités différentes, qui viennent de tous horizons, avec leur caractère, leur vécu, leur formation, leur éducation, tout n’est pas simple et parfois l’idée du collectivisme vole en éclat….

Il y a Tsvi Prizor, célibataire endurci, oiseau de mauvaise augure qui n’annonce que les catastrophes mondiales, il ne manque jamais un seul bulletin d’informations, fervent lecteur du journal, il n’éprouve pas de réel intérêt pour ses compatriotes du kibboutz et quand Luna fait un geste vers lui, il fuit !

Boaz a quitté sa femme Osnat, il lui préfère Ariella qui est divorcée. Il pourrait y avoir de l’animosité entre les deux femmes, mais Osnat a choisi de ne pas en vouloir ni a son mari, ni à cette nouvelle femme qui partage désormais sa vie. Elle envoie même des petits mots à Ariella pour lui donner des instructions concernant la santé de son mari. On croit rêver, mais c’est ça aussi la magie du Kibboutz.

Le quinquagénaire Nahum est veuf, il élève seul sa fille Edna de 17 ans, son fils a été tué il y a quelques années. Il est l’électricien du kibboutz, il connaît tout le monde, il est apprécié, il est aussi ami de longue date avec David du même âge que lui, un dirigeant du kibboutz, un homme qui en impose, un enseignant en histoire, 6 enfants de 4 femmes différentes, mais voilà qu’Edna s’est entichée de ce professeur qui est le sien, elle vient de quitter la maison pour aller vivre avec David. C’est le choc, tout le monde a de l’empathie pour Nahum, ça va mal finir, l’attitude de David est inacceptable, cependant personne ne se mêle de cette histoire familiale. C’est à Nahum de mettre les choses aux point avec son ami et sa fille…. Il finit par aller le trouver, aura-t’il la force d’affronter cet homme qui n’accepte aucun conseil de personne ?

Moshe est orphelin, il a été placé dans le kibboutz pour y être élevé, étudier et travailler. Son père est hospitalisé, il sollicite David Dagan pour avoir l’autorisation d’aller le visiter, pour cela il lui faut sortir du kibboutz et faire plusieurs heures de bus. David l’autorise à partir mais en insistant bien sur le fait que Moshe est un vrai Kibboutznik maintenant et qu’il doit suivre les règles du kibboutz et s’adapter. Ce jeune homme est-il capable de s’adapter aux règles de cette vie en communauté ?

Roni est marié à Léa, elle est puéricultrice, ensemble ils ont un enfant Youval, âgé de 5 ans. Youval est placé à la maison des enfants du kibboutz comme tous les autres enfants, ses parents ont le droit de le voir, de l’emmener chez eux mais la nuit, il est impératif que l’enfant dorme a la maison des enfants avec les autres. Youval est un enfant fragile, souvent malade, souffre-douleur de ses camarades. Si Roni est très proche de lui et n’hésite pas à le caliner, Léa en revanche est très ferme, elle veut l’aguerrir pour sa vie future, il n’y a pas d’effusions de tendresse et elle n’enfreindra jamais les règles de la maison des enfants. Roni profite de l’absence de sa femme qui est partie en stage professionnel pour être un peu plus longtemps avec son fils. Une nuit alors que Youval, maltraité par ses camarades se sauve de la maison des enfants, Roni pète les plombs…..

Au kibboutz il y a les gardes de nuit et c’est au tour de Yoav d’assurer la semaine. Il est le secrétaire du kibboutz, un poste dont ses parents sont fiers. Il est très respecté, il est intègre et respecte à la lettre les principes du kibboutz, ne déroge jamais au règlement, il va pourtant le faire pour aider Nina qui est partie de chez elle et qui n’a nul endroit pour dormir. Il est marié à Dana qui voudrait quitter le kibboutz mais pour Yoav ce n’est pas envisageable. Il connaît Nina depuis qu’ils sont jeunes, il a une admiration pour cette femme, un peu amoureux peut-être ? Il va enfreindre les règles pour l’aider…..

Hénia est veuve, elle travaille à la cuisine du kibboutz et veut rencontrer les dirigeants afin qu’ils autorisent son fils Yotam à quitter le kibboutz pour aller rejoindre son oncle à Milan et y étudier l’ingénierie mécanique. Elle reçoit une fin de non recevoir d’autant plus que l’oncle de Milan est un ancien du Kibboutz, parti étudier en Italie et qui n’est jamais revenu, c’est donc un traitre au yeux des membres de l’assemblée. Yotam aura-t-il le courage de transgresser l’interdit et de quitter quand même le kibboutz ?

Martin vit seul et souffre d’une affection respiratoire qui ne l’empêche pas de continuer à fumer malgré sa maladie. Il est considéré comme un exemple de moralité, a des idées bien tranchées sur les fondements idéologiques du kibboutz. Il est le cordonnier du kibboutz, avant il était professeur d’Espéranto à Rotterdam, il rêve d’enseigner cette langue au kibboutz, est ce que sa santé lui permettra d’assouvir son rêve ?

Des scènes de vie quotidienne parfaitement décrites, comme si on vivait avec chaque protagoniste. Amos Oz a la don pour expliquer les personnages mais aussi les paysages dans lesquels ils évoluent. On sent l’atmosphère du kibboutz qui parfois peut s’avérer pesante selon le caractère et le vécu des gens qui y vivent. Dans un kibboutz on est jamais seul et pourtant face à certaines décisions la solitude est bien présente et parfois pesante. L’assemblée élue qui dirige a tout pouvoir, même parfois sur la vie personnelle. Certains n’évoluent pas avec l’époque mais restent ancrés dans les idées Marxistes d’antan, c’est l’essence même de la notion du kibboutz.

C’est une lecture sympathique et agréable, on se laisse guider au gré des personnages qu’on apprécie ou pas. Certains nous agacent, on a beaucoup d’empathie pour d’autres….. j’ai bien aimé cette immersion et ce voyage dans l’ailleurs…

Note : 4 sur 5.

Editions : GALLIMARD

ISBN : 9 782070 139323

Février 2013 – 157 pages

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