ENVOLE MOI

SARAH BARUKH

A presque quarante ans, Anaïs a réinventé sa vie à Nice, loin de la grisaille du 19 ème arrondissement parisien où elle est née.

Lorsque Marie son amie d’enfance la contacte après une longue absence, des souvenirs enfouis rejaillissent. Les années 90, quand le rap et le basket galvanisaient les cours de lycée. Le racisme qui sévissait déjà. Cette amitié bancale où Marie semblait décider de tout… et le drame qui les a séparées.

Le temps d’un week-end improvisé, les deux femmes affronteront leurs fantômes pour tenter de se retrouver.

Quand « elle voulait juste marcher tout droit » est sorti, je l’ai tout de suite acheté, sans connaître l’auteure, simplement parce que ce titre me parlait. Puis je me suis abonnée à la page de Sarah Baruk sur Instagram parce que j’avais aimé son livre, j’ai découvert un peu plus l’auteure et à travers ses récits, la personne, forte et fragile à la fois mais qui retranscrit tellement bien ses émotions, alors Envole-moi je devais le lire, comme je lirai les autres livres qui suivront…..

Retrouver une amie d’enfance qu’on a perdue de vue depuis plus de dix ans c’est du bonheur, on se dit qu’on va pouvoir se souvenir de ces années jeunesse qui sont normalement les plus belles parce qu’on est insouciant, que rien ne pèse sur nos épaules, qu’on est jeune, qu’on a la vie devant soi pour réaliser tous nos souhaits. C’est le temps du lycée, des copains, des premiers amours, la liberté…..

C’est ce qu’Anaïs devrait ressentir quand elle reçoit un coup de fil de son amie d’enfance Marie, une amie qu’elle n’a pas revu depuis plus de 10 ans et dont elle n’a plus de nouvelles mais voilà qu’avec ce coup de téléphone les souvenirs submergent Anaïs, elle ressent une sorte de malaise inexplicable, oscille entre l’envie de rejoindre son amie et celle de dire non, elle a refait sa vie à Nice avec Solal, elle est bien loin des souvenirs, elle risque d’être perturbée à remuer le passé et pourtant elle le sait, elle se doit d’aller à Paris, son amie d’enfance vient de lui annoncer le décès de sa mère Brigitte et elle a besoin de la présence d’Anaïs à l’enterrement. Anaïs prend l’avion, une journée, rien qu’une journée sur place et la boucle sera bouclée… c’est ce qu’elle croit.

Sarah Barukh nous entraîne dans les souvenirs des deux jeunes femmes, les années 90, le lycée, les garçons et Marie si belle et si parfaite, qui décide, qui dirige, qui exige, Marie qui brille dans les yeux des garçons et qui obtient toujours ce qu’elle veut. Marie qui est promise à une belle carrière de danseuse, mais Marie qui est aussi capable du pire……

Anaïs pleine de doutes, qui se dévalorise, qui vit dans l’ ombre de cette amie qu’elle aime et admire, elle la jalouse parfois. Entre les deux c’est « à la vie, à la mort », si différentes et pourtant si complémentaires. Elles vivent toutes les deux avec leurs mères, celle de Marie est fantasque, voire border line parfois, celle d’Anaïs est trop stricte, ne semble jamais fière d’elle. Et il y a le quartier, la mixité sociale et religieuse, le racisme, l’anti-sémitisme, la banlieue, les fins de mois difficiles et cette merveilleuse chanson de Jean-Jacques Godman « envole moi ».

Quand Anaïs arrive à Paris, elle ne trouve pas Marie et apprend que Brigitte est décédée il y a plusieurs mois. Qu’est ce que c’est que ce piège ? Encore une fois Marie mène la danse et entraîne les autres dans sa folie. Elle l’a déjà fait avec son ex mari Edouard, son fils Constant qui ne lui parle plus, et les autres, les garçons de la cité….. Marie est instable, tout le monde le sait, mais ces derniers temps il y a autre chose, Marie semble absente, ailleurs…… AnaÏs est adulte maintenant, on se dit qu’elle va reprendre son avion en direction de Nice et passer définitivement à autre chose mais…..

Marie finit par apparaître et propose une sorte de « road trip » à la Thelma et Louise, elle embarque Anaïs en direction de la Hague pour y déposer les cendres de Brigitte sa mère. Encore une fois Anaïs se laisse embobiner par cette amie, peut-être parce qu’elle a besoin de réponses à des questions laissées trop longtemps sans suite ou qu’elle a envie de retrouver les souvenirs, le temps d’un week-end, mais ne serait-ce pas tout simplement parce que, malgré le temps, elle est toujours profondément attachée à cette amie d’enfance.

Et là je ne sais plus ou j’en suis dans cette lecture qui prend aux tripes et qui parfois me dérange ou me bouleverse. J’ai une énorme envie de protéger Anaïs, de la rassurer, lui dire à quel point elle doit avoir confiance en elle et j’ai envie de la secouer, de lui dire de réagir, fuir Marie qui est toxique pour elle. Anaïs a une vie qui l’attend à Nice, un compagnon bienveillant qui l’adore et sur qui elle peut compter, elle est enceinte, ne devrait-elle pas protéger ce bébé ? son comportement immature me met en colère et pourtant, je lui trouve bien vite des circonstances atténuantes….

Marie je la déteste au plus haut point mais au fil du livre je me rends compte de ses fêlures, ses blessures d’enfance et d’adulte, sa culpabilité pour une erreur de jeunesse qui la poursuivra toute sa vie, sa solitude et ma haine laisse la place à de la compassion.

Quand je lis ce livre, j’aime penser que l’auteure y a mis un peu de son vécu dedans, un mélange de fiction et de réalité et que ce roman, elle avait besoin de l’écrire elle aussi pour aller de l’avant, comme Anaïs a besoin de ce tête à tête avec Marie, afin de pouvoir avancer dans la vie et passer à autre chose.

Ce livre est troublant, bouleversant, dérangeant parfois, il mêle tant d’émotions différentes. C’est beau, parfaitement écrit avec des mots qui sonnent justes. Quand on le referme on est un peu dévasté, on a du mal à le laisser puis la chanson de Jean-Jacques Godman résonne dans nos têtes et prend tout son sens.

Envole moi, envole moi, envole moi, loin de cette fatalité qui me colle à la peau, remplis ma tête d’autres horizons d’autres mots

Note : 5 sur 5.
  • EDITIONS : ALBIN MICHEL
  • ISBN 9 782226 446527
  • Février 2020 – 293 pages

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s