LES JOURS BRULANTS

LAURENCE PEYRIN

41SjzQAvHcL._SX195_A 37 ans, Joanne mène une vie sereine à Modesto, jolie ville de Californie, en cette fin des années 70. Elle a deux enfants, un mari attentionné et veille sur eux avec affection.

Et puis…. alors qu’elle rentre de la bibliothèque, Joanne est agressée. Un homme surgit, la fait tomber, l’insulte, la frappe pour lui voler son sac. Joanne s’en tire avec des contusions, mais, à l’intérieur d’elle même, tout a volé en éclats. Elle n’arrive pas à reprendre le cours de sa vie. Son mari, ses enfants ne la reconnaissent plus. Du fond de son désarroi, Joanne comprend qu’elle leur fait peur.

Alors elle s’en va. Laissant tout derrière elle, elle monte dans sa Ford Pinto beige et prend la Golden state Highway, direction Las Vegas. C’est là, dans la Cité du Péché, qu’une main va se tendre vers elle et lui offrir un refuge inattendu. Cela suffira-t-il à lui redonner le goût de l’innocence heureuse ? 

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Ce livre m’a bouleversée, laissée sans voix,  il a fallu que je le quitte à regrets et j’ai eu beaucoup de mal à enchaîner sur une autre histoire car Joanne m’a hantée un petit moment il faut bien l’avouer.

J’aime les histoires de femmes racontées par Laurence Peyrin qui fait partie de mes auteures favorites, ses héroïnes sont souvent fortes et faibles à la fois et cette dualité entre les deux extrêmes d’une personne me plait énormément.

Joanne semble tout avoir, le cliché type du bonheur parfait dans une petite ville de Californie à la fin des années 70. Elle est mariée à Thomas, chirurgien de son état,  avec qui elle a eu deux enfants. Un bonheur sans nuage, après des années de mariage, l’amour, la passion sont toujours au rendez-vous, même si Thomas est très pris par son travail à l’hôpital.

Un événement imprévu va venir enrayer la machine si bien rôdée et faire basculer l’univers de Joanne. Alors qu’elle revient de la bibliothèque à vélo, elle est violemment agressée par un homme qu’elle ne connait pas.

Les blessures ne sont pas trop graves, elle s’en tire avec des contusions et une belle cicatrice au niveau du front, mais il y a des blessures invisibles bien plus cruelles que celles qui sont physiques, on ne les voit pas et pourtant elles sont bien là, insidieuses,  omniprésentes nuit et jour.

On pense que Joanne va reprendre le cours de sa vie et bien vite oublier cette agression, après tout elle a eu une sacrée chance, ça aurait pu être bien plus grave, mais si le corps cicatrise, à l’intérieur d’elle même c’est un véritable brasier qui vient de se déclarer et qui va la ronger petit à petit, grignotant du terrain à chaque instant, doucement mais sûrement.

Joanne revit sans cesse son accident et les grossières insultes de son agresseur raisonnent dans sa tête, des mots très durs qu’elle ne peut oublier. A la maison rien ne va plus, elle est prise de TOC, elle oublie beaucoup de choses,  est incapable de s’occuper correctement de ses enfants, étrangère à elle même, elle ne peut tout simplement plus vivre cette vie d’avant.

Sa famille ne la reconnaît plus et une altercation avec son mari lui fait comprendre qu’elle est dangereuse, alors elle fuit, pas pour se protéger mais pour les protéger eux, parce qu’elle n’est plus à la hauteur, parce qu’elle ne sait plus qui elle est, parce qu’elle a perdu ses repères, parce que malgré tout elle les aime et pense qu’ils seront mieux sans elle.

Sa nouvelle vie commence à Las Vegas ou elle va avoir la chance d’être accueillie par Harvey et son épouse Thelma, propriétaires d’une boîte de nuit « le Bunny Bunny »  où de superbes créatures s’effeuillent devant les yeux ébahis des touristes. Joanne va vite se rendre compte que cet endroit est un refuge pour des femmes dont la vie a été cabossée. Harvey va l’embaucher au bar et elle deviendra officiellement la reine des Cocktails.

Une vie totalement aux antipodes de sa précédente et pourtant riche de rencontres et de magnifiques leçons de vie. J’ai adoré cet épisode du livre où Joanne fait ses premiers pas dans cet univers de la nuit, avec la musique et les paillettes et ces danseuses qui semblent superficielles et qui pourtant ne le sont pas.  Chez Harvey c’est un peu comme une deuxième famille, avec, à sa tête, un super patriarche, un monsieur au grand coeur qu’on ne peut que respecter. Thelma c’est la maman qui bichonne tout le monde à coup de bons petits plats. Des engueulades il y en a, mais il y a tellement d’amour derrière tout ça !!

Je me suis plongée avec délice dans cet univers des années 70 à l’ ambiance surréaliste de Las Vegas, le désert, les buildings qui scintillent au soleil, les canaux enjambés par des ponts. Je me suis attachée à Berverley, Rita, Mandarine et Sally Kim, les filles du Bunny Bunny et j’ai beaucoup aimé le personnage de Silas Jones.

Joanne a mis sa vie entre parenthèse à partir du moment ou elle est arrivée à Végas, se sentant protégée, comme si elle était sous abri et que rien ne pourrait désormais lui arriver. Elle n’a jamais évoqué son mari et ses enfants qu’elle a laissés là bas à Modesto. Elle s’est trouvé une nouvelle identité, mais combien de temps peut-on ranger le passé dans un tiroir dont ont aurait jeté la clé ?

Après la pluie vient le beau temps, quand tout est démoli on reconstruit, sur des bases saines de préférence, le temps de la renaissance arrivera t’il et dans quelles conditions ? Est ce qu’on peut balayer d’un coup le passé, est ce qu’on peut s’empêcher d’imaginer un avenir parce qu’un malheur a tout chamboulé ?

Merci Laurence Peyrin pour cette pépite, pour nous avoir laissé entrer dans le personnage de Joanne avec ses souffrances et sa volonté de continuer malgré tout. Sa force de caractère et sa capacité à rebondir. Ses mensonge et ses vérités, ses belles contradictions.  Joanne n’est pas une femme qui triche, elle n’est pas non plus une femme intéressée, c’est quelqu’un de vrai qui va jusqu’au bout de ses convictions, on ne peut que l’aimer.

Quel merveilleux livre ! tellement d’émotions !! c’est du bonheur, rien que du bonheur….

EDITIONS : CALMANN LEVY – ISBN 9 782702 165645 – mars 2020 – 425 pages 

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